Valère Aubin, défricheur cultivateur & Simone Lainey, femme au foyer
Palmarolle, 1945 à 1973
N.B. : prendre note ce dont je raconte est le résultat de nombreuses discussions avec mon père.
Il est le 3ième enfant de Alcide Aubin et Alice Dorval. Il est né à Ste-Claire de Bellechasse le 27 juin 1924, et il est arrivé en 1927 sur le train avec sa mère, son père et ses grands-frères Paul et Alfred ainsi que son petit frère agé de 6 mois, Emilien qui nous le rappelait souvent avec son humour habituel en ricanant. Papa nous mentionnait souvent qu’il se rappelait de quelques souvenirs très lointain de ce long voyage dont une gentille Dame sur le train lui avait donné un petit pain. Il devait être très bon car a 90 ans, il me l’a raconté encore.
Valère a quitté l’école en 7ième année à son grand regret pour aller travailler avec son père en forêt. Le Curé avait été voir gr-père Aubin pour lui suggérer de l’envoyer à l’école à l’extérieur car il avait un bon talent et il avait beaucoup d’intérêt à apprendre car papa voulait devenir avocat. Cependant, il avait 13 ans et son père qui était travailleur forestier avait besoin de main d’œuvre pour avoir soin des chevaux. Ce qui fût sa première job, soit nourrir les chevaux, les brosser, les écurer et voir à leur bien-être pour que les bucherons les prennent en forme le matin pour aller au bois travailler. Ces chevaux travaillaient fort et devait être bien traité.
Avant-gardiste son père Alcide lui fit acheter très tôt une terre dans le Rang 7 à Palmarolle afin de l’épargner d’aller à la guerre de 39-45. C’est donc à cet endroit où il s’installe à son mariage pour y défricher, cultiver et vivre avec sa famille jusqu’en 1973.
Valère a commenté à fréquenter Simone Lainey, du rand 7 de La Sarre en 1944. Elle était la plus vieille d’une famille de 14 enfants. La rencontre des 2 tourtereaux c’est fait car Valère accompagnait son grand frère Paul à une soirée dansante qui se faisait chez une amie de Simone dans ses voisinages. Simone a travaillé 2 ans comme nounou chez le Docteur Rheault de La Sarre. Elle travaillait 71/2 jours par semaine à prendre soin des enfants, entretenait la maison faisait les lavages. Elle n`avait que le dimanche après-midi de libre soit après la messe qu’elle montait avec son père en charrette tirée par le cheval pour aller voir ses parents et connaissances. Elle était habituée à prendre soin des enfants et aussi habile dans les responsabilités de la maison puisqu’elle avait quitté l’école en 5ième année pour aider sa mère à la maison car elle avait trop d’enfants.
Ils se sont fréquentés 11/2 de façon pas toujours régulières vu les distances et le travail en forêt. Il y a eu beaucoup de correspondance par lettres.
1945 : Ils se sont mariés le 15 juillet 1945 à La Sarre s’installèrent sur la ferme achetée auparavant dans le Rang 7 de Palmarolle. Donc, le couple débute leur vie sur la petite fermette. Ils étaient très courageux et voyaient un avenir prometteur pour acheter des animaux pour en vivre un jour et avoir des enfants. En 1945, il n’y a pas d’électricité ni de téléphone.
Valère continuait à aller travailler l’hiver en fôrets car les 2-3- vaches achetées pour débuter ne suffisaient pas à donner un revenu pour survivre. Il fallait aller gagner des sous pour qu’il puisse augmenter son troupeau pour cesser de travailler en forêt. Simone qui avait toujours vécue bien entourée de gens, avait très peur de demeurer seule en campagne sans commodités. Elle apportait toujours une petite sœur que sa maman acceptait de lui envoyer pour passer l’hiver avec elle pendant que Valère partait pour l’hiver. Simone devait aller traire les 2-3 vaches, nourrir les petits veaux etc. Ses petites sœurs, qui étaient souvent en âge d’aller à l’école allait à l’école du rang où Mlle Cécile Aubin enseignait. Elles étaient très utiles même si elles étaient jeunes, elles gardaient les bébés pendant que Simone allait traite les vaches et nourrir les petits veaux.
1951 : L’électricité est arrivé enfin à l’été juillet 1951 et quelle joie ! la vie devenait donc plus facile. Ils avaient déjà 3 enfants. Le téléphone a suivit quelques années après.
Simone après 5 ans de mariage a eu une grosse épreuve, en juillet 1951, sa petite sœur Anita agée d’un an plus jeune mariée au frère à Valère, demeurant aussi à Palmarolle, est décédée lors d’un accouchement. Puisque les deux sœurs étaient mariées aux 2 frères, les 2 familles étaient très souvent ensemble à s’entraider. Ce fût une période très difficile à surmonter pour les deux. Anita lui a manqué beaucoup.
1954 : Après quelques hivers à travailler fort tous les deux, Valère à réalisé son rêve de se consacrer uniquement à sa ferme et à sa famille qui comprenait à cette époque, 4 enfants. Simone avait plusieurs enfants à la maison et ca devenait pénible de rester seule l’hiver pour faire travaux à la grange et maison. Elle était travaillante, courageuse et très organisée dans toute cette lourde besogne.
Valère a donc augmenté son troupeau de vaches laitières et il lui fallait d’autres terres. Donc, il a acheté une terre voisine de la maison familiale qui appartenait à son oncle. Il a défriché de ses mains 100 acres de terre tout seul pour faire des semences.
Egalement, il a dû acheter une autre 11/2 terre dans le rang 4 de Ste-Germaine qu’il appellait ‘’Les Pointes’’ qu’il a aussi défrichée et nous, ses filles on allaient ramasser du bois au printemps avant les semences. Cet endroit était comme un Paradis pour lui quand il en parlait, il en avait toujours les yeux brillants. Il en était fier. C’est vrai que c’est encore des belles terres à contempler aujourd’hui. Valère était un travailleur acharné du matin au soir, courageux car rien ne l’arrêtait et toujours près à aider ses voisins et ses frères, car tout ce beau monde qui l’entourait s’entraidait tour à tour. Si l’un était malade, il pouvait compter sur un voisin ou un frère pour venir prendre soin des animaux etc…
1959 : Une grosse épreuve vient atteindre le moral à Valère et sa famille. La maison de ses parents passe au feu et son petit frère René de 16 ans y décède. Il a mis beaucoup de temps avec ses frères pour aider ses parents Alcide et Alice à surmonter cette épreuve et leur reconstruire la résidence. A la suite de cette épreuve, il a vu sa mère perdre complètement ses cheveux à cause du choc émotif, et elle a toujours porté une perruque jusqu’à son décès.
Valère fort comme deux travaillait de 5.30 h. le matin à aller sortir les bidons de lait de la laiterie, les monter au chemin avec ses chevaux ou le tracteur par la suite car M. Clément Aubin passait dans le rang ramasser le lait. Nous les enfants ca nous impressionnait de le voir si fort, lever ses gros bidons de lait très pesant. Il se couchait après sa besogne qui finissait tard le soir vers 9.00, après la traite et les soins des animaux.
Simone était Fermière et Dame de Ste-Anne de la Paroisse et ne manquait pas de réunion en faisant du covoiturage avec les voisines. Elle faisait l’été, des centaines de pots de confiture avec les petits fruits que toute la famille ramassait et sans oublier son grand jardin qu’elle faisait au printemps. À l’automne, il lui fallait tout mettre en conserves. De plus, elle avait à remplir le congélateur de viande, puisque que Valère et ses frères faisaient boucherie. Elle était très prévoyante pour que sa famille ne manque de rien.
Valère fût impliqué dans sa paroisse au point de vue milieu Agricole qui était l’Union des Cultivateurs. Ils participait à beaucoup de réunions. Il était également membre des Producteurs de Lait de la Laiterie Dallaire, de la Fabrique de l’église. Il s’est impliqué lors de la démolition et reconstruction de l’Église, au comité magasin du Syndicat Coopérative Agricole du village, et participait à plusieurs corvées de construction de grange dans la paroisse.
De leur union, sont né 8 enfants en bonne santé et je les énumère avec, lieu de résidence, profession et ce qu’ils sont devenus aujourd’hui.
Mai 1946 : Fernande (La Sarre) enseignante et décédée en avril 2018
Juin 1947 : Solange (Montréal) maître de poste, retraitée
Juillet 1951 : Laurence (Longueuil) commis-comptable, décédée en juillet 2013
Janvier 1953 : Réjeanne (La Sarre) courtier en Assurances Vie, Auto, ferme et Placements, retraitée
Novembre 1955 : Janine (Mascouche) enseignante, retraitée
Avril 1957 : Edith (Québec) agent de bureau, retraitée
Août 1960 : Anicet (Lanaudière) Opérateur informatique, retraité
Mars 1964 : Joel (Destor) Opérateur et Contrôleur, retraité
Leur descendance se chiffre actuellement à 6 petits-enfants et 7 arrières petits enfants.
Etant donné que Valère et Simone avaient que des filles avant la naissance du premier fils en 1960, chacune des filles devait aider à la besogne soit à la maison ou soit aller aider papa à la traite des 30-40 vaches. Heureusement, c’était à la trayeuse. Ce n’était pas du tout à la mode et non honorable dans le temps pour des filles d’aller à la traite des vaches. Il ne fallait pas le dire à nos amies à l’école, c’était un peu honteux …Oui, c’était de l’orgeuil, mais je ne vous cacherais pas que le rejet et l’intimidation à l’école, existait aussi beaucoup dans l’temps. Cependant, le matin on a toujours été épargnées. Nous participions à la traite que le soir. Valère était très protecteur avec ses filles. Il ne voulait pas qu’il nous arrive des malchances en faisant de gros travaux sur la ferme.
1964 : Jusqu’à juin 1964, Valère avait un neveu Raynald de 17 ans, fils d’Armand, qui venait sur la ferme depuis son jeune âge à toutes les fins de semaine et vacances lui aider à faire des travaux sur la ferme. Il était d’une aide très précieuse pour Valère. Raynald connaissait les travaux à faire et adorait venir passer son temps à la ferme au lieu d’être dans le village.
Le destin est venu changer la dynamique d’entraide et de plaisirs fraternels que Valère avait avec son frère et son neveu car il apprend en fin de journée du 22 juin 1964, que tous les deux se sont noyés au Lac Abitibi. Ce fût la désolation et quel courage il lui a fallu pour s’en remettre. Il allait pleurer à la grange en travaillant pour que ses enfants ne le voit pas. C’est ce qu’il m’a raconté dans ses dernières années de vie.
Se retrouvant à survivre et le troupeau de plus en plus gros et pas de relève prête à l’aider, il fallait qu’il se réorganise en prenant à gages des jeunes hommes pour faire les travaux de ferme durant l’été et à l’occasion.
1967 : C’est à cette époque qu’on commençait à parler dans le milieu agricole d’une certaine modernisation des fermes. L’époque du transport des bidons achevait et les Producteurs de lait devaient investir pour acheter des Quotas de lait et transformer leur étables pour avoir le lait soit acheminé par tuyau directement dans un gros réservoir (bol-Tank) puis, à la laiterie, Ce nouveau système éliminerait les bidons et trayeuses. Tout ce changement nécessitait des gros investissements que Valère et Simone ne pouvaient pas se permettre car ils avaient déjà plein de charges financières à rencontrer. Donc, le stress a commencé à les gruger et l’anxiété de comment s’en sortir.
1969 : Donc, à l’automne 1969 accablés par un stress épouvantable, fatigués de se casser la tête vu les changements obligatoires qui s’en venaient ainsi qu’un problème de santé majeur à l’estomac pour Valère, ils ont décidé de vendre les animaux. Ce fût un jour triste de voir partir ces belles bêtes qui ont tellement été cajolées par Valère car il prenait grand soins des animaux et n’a jamais maltraité ses bêtes. Il les aimait tant.
Il commencé aussitôt à travailler chez Normick Perron et il a eu une hernie qui a nécessité une opération. Il a été dans l’obligation de cesser son travail. Il faut dire que le travail qu’il faisait dans l’usine était très dur physiquement. La sécurité au travail n’était pas une priorité dans ce temps. Valère gagnait 65 $ par semaine (6 jours) et il y avait 6 enfants à charge. C’était insuffisant, il lui fallait trouver autre solution.
1970 : Il est entré comme concierge à la Cité Etudiante Polyno jusqu’à sa retraite en Juillet 1990 à l’âge de 66 ans. Il a été 25 ans Président du Syndicat (CSN) des employés de la Polyno. Il adorait faire de genre de travail …l’avocat en lui, surgit. Il avait à défendre les droits de chacun qui avaient des litiges avec l’employeur.
1973 : Déménagement : La maison, les bâtiments et les 2 terres du rang 7 ont été vendus à M. Olivier Mercier qui voulait agrandir sa ferme. Donc, la famille est déménagée à La Sarre et Simone a retrouvé sa ville natale dont s’était bien ennuyée. Elle est entrée dans les Fermières et ne manquait pas une réunion tout en prenant soin de sa famille.
Valère a pu afin prendre plus de temps pour la passion de la nature en construisant un camp de chasse dans un très bel endroit près d’une petite rivière où il allait passer des fins de semaine pour y pêcher et chasser jusqu’à son départ pour Montréal en 2006.
2006 : Il a déménagé à 84 ans dans une belle résidence de Personne Agée à la Cité des Rives à Rivières des Prairies pour y finir ses jours. Il aimait se retrouver dans la grande ville car il était habitué à s’y véhiculer en autobus pour ses déplacements quand il oeuvrait à son Syndicat. Il participait à beaucoup d’activités, chorale, musique, cours et soirées de danse, marche et se balader en autobus pour se remémorer tous les trajets qu’il faisait jadis.
Il s’est éteint d’un cancer des os et des poumons à l’âge de 91 ans le 18 juillet 2015 même jour que sa fille Laurence 2 ans auparavant.
Simone a terminé ses jours à la Résidence St-Pierre à Rouyn Noranda où ses 2 frères et sœurs demeuraient. Elle est décédée à 93 ans le 19 avril 2019.
Ces deux personnes ont travaillées fort à défricher, téméraires, courageux, leur audace de toujours avancer pour survivre malgré les difficultés et les épreuves sans se décourager. Nous ne pouvons pas oublier leur parcours et ce qui a contribué, sans doute, à ce que leurs 8 enfants soient devenus des adultes responsables et une bonne continuité dans tous leurs descendants.





