Les hauts et les bas de la vie de Louisa Nicol
Introduction
Aujourd’hui, en 2026, à mon âge, je crois que l’enfance nous définit pour toute notre vie. C’est grâce à mes parents, qui dès le début de leurs fréquentations, s’étaient promis que leurs enfants auraient une belle enfance. Ils avaient été témoins d’enfants à l’enfance volée; C’est-à-dire, privés du droit de rêver, d’agir, de libertés et d’avoir des initiatives. Nous avons été encadrés, certes, mais par l’affection et la réflexion.
J’ai cette dette envers eux aujourd’hui. Fernande et Eudore, merci de m’avoir laissé patiner sur la rivière Dagenais seule, prendre des risques, revenir des champs à cheval sur la jument qui s’arrêtait devant la porte de l’étable, et attendait que ma mère vienne me descendre, et ensuite entrait seule dans sa stalle.
Découvrir
Je me remémore mes tournées dans les magasins du village après les classes : au bureau de poste de Madame Ida Morissette et Monsieur Antoine Fortin, à l’épicerie et la cordonnerie de Madame Gastelle et Lucien Asselin.
Je me rendais presque tous les jours chez tante Marie qui m’envoyait acheter du pain sur la sole à la boulangerie Vallières. Ah !!, l’arôme du pain chaud. J’ai gardé d’elle, le poêle Légaré Majestic datant de 1926 qu’elle avait acquis à son mariage.
Une étape à ne pas manquer, était le magasin de meubles de tante Flora, ou je faisais la lecture de bandes dessinées, assise dans les sofas en démonstration. Sans oublier la Coop ou les commis voyageurs abordaient les sujets de l’heure : Avoir de grosses familles, c’est impossible prétendaient ces derniers. En arrivant à la maison, tous étaient à table. Je me permis de résumer les propos des commis voyageurs : « On ne peut plus avoir de grandes familles, trop d’enfants coutent trop cher, il y a trop d’enfants… » Là-dessus, mon père, petit sourire en coin et clin d’œil à ma mère, qui était en train de nourrir le 8e, me demanda : Dis-moi qui est de trop, je vais arranger ça. Je n’ai pas été capable de choisir lequel….
J’étais rêveuse à l’école. En 7e année, j’écrivais des romans que j’illustrais et que je distribuais à mes compagnes de classe qui étaient mon lectorat. En 8e année, selon les dires de Jocelyne Caron, j’étais à dessiner en pleine leçon donnée par Sœur Jacqueline-de-Jésus, lorsqu’elle s’interrompait pour me demander quelle était la solution au problème qu’elle venait d’énoncer. Je n’ai pas été en mesure de répondre. Avec un petit air complice, elle me sanctionna : « Mademoiselle Nicol, comme punition, vous dessinerez le portrait de chacune de vos compagnes de classe.
Dans la cour de récréation, il y avait une patinoire où nous pouvions dépenser nos énergies et voir les garçons de l’école d’à côté jouer au hockey. Je désirais jouer au hockey, mais j’étais la seule fille à le demander. « Bougon » Aubin, refusait et vu sa taille, je me désistais de peur de me faire blesser. J’ai remarqué, à ce moment-là, Anicet Vachon, le frère ainé de Rogatien Vachon. Ce dernier allait devenir un célèbre gardien de buts. J’avais 12-13 ans, je ne sais pas s’il avait remarqué ma flamme secrète envers lui. Dernièrement, j’ai repris contact avec Anicet pour lui faire part, 70 ans plus tard…, de ma flamme. Nous avons bien ri. Il m’a dit : « Louisa, tu fais ma journée !!!! »
Pour donner suite à cette conversation, je lui ai fait parvenir une photo de moi, joueuse de hockey, ailier droit de l’équipe des Arts-Graphiques de Radio-Canada en 1975-1976. Hé oui, j’étais la seule femme.
Séjour à Amos 1961-1962
Afin de favoriser mon autonomie alimentaire, car bientôt j’allais quitter le nid familial, ma mère m’a inscrite à l’École d’agriculture de Ville-Marie (en même temps que mes cousines, Dolorès et Nicole Pouliot), pour apprendre à cuisiner. À l’automne de la même année, j’entrais au Pensionnat d’Amos en 12e année scientifique. Mon intérêt pour le dessin se poursuivait. La titulaire de la classe, Sœur Denise-Marie, avec l’accord de mes parents, m’a inscrite à l’atelier d’arts à plein temps. Là, j’ai fait la connaissance de Sœur Monique-de-Sainte-Marie (Monique Mercier). Cette dernière m’a initié aux médiums les plus variés. Je goutais une liberté à l’intérieur du pensionnat; à l’accueil, au parloir, congé de messes et accès à la télévision de la salle de spectacle « l’Auditorium », grâce à une des religieuses, ou j’écoutais l’émission française « Cinq colonnes à la une », où J’avais accès à 2 heures sur l’actualité et l’analyse et éditoriaux de l’état du monde.
Nous avions une exposition d’œuvres des étudiants en arts. Cette année-là, j’ai proposé : Christ en croix (nu). Ce qui m’a valu l’éjection du Pensionnat. Pourtant, on ne voyait aucun attribut. Je n’avais pas indiqué la ligne du linceul à la taille. J’ai déménagé chez les Lambert, dans la mansarde voisine de mon amie Anita, fille ainée de la famille du bedeau de la cathédrale. Libre en ville, j’ai fait la connaissance de Monsieur Y. Limoges et de Monsieur Roch, de qui j’ai loué un garage pour y ouvrir une galerie-atelier. Ce garage était situé sur la rue, au fond de la cour voisine de la Banque Nationale actuelle. J’y donnes des cours, expose des tableaux, ce qui me permet de vivre par mes propres moyens. Je fais des portraits avec Madame Thibault, vends quelques tableaux aux pharmaciennes, les sœurs Gosselin. Je suis en attente d’aller à l’école des Beaux-Arts de Québec.
La vie de bohème à Québec
La vie de bohème à Québec, incluait la fréquentation des boites à chansons : Le Cor du Roy, les 2 guitares, le petit Champlain. Les partys des Beaux-Arts étaient suivis par de nombreux amateurs…
La vie dans le Vieux-Québec était fiévreuse. À l’été, sur la rue du Trésor, y vendre des dessins et des gravures qui font « scandale » Il y a abus d’obscénités sur la rue du Trésor, titrait le journal Le Soleil.
C’est cet été-là que j’ai fait la connaissance de Pauline Julien en tournée. Elle m’a recommandé la galerie Kaléidoscope à Montréal, dont Claude Landry-Dufour est propriétaire. Il me représentera pendant plusieurs années.
En 3e année d’études aux Beaux-Arts, le mercredi, nous avons un cours d’introduction aux décors de théâtre, donné par Jean-Claude Rinfret, décorateur à Radio-Canada à Montréal. Ce cours est suivi d’un concours pour réaliser le décor d’une pièce de théâtre avec Yvon Thiboutot comme comédien et metteur en scène. Cette pièce sera présentée au « Petit-Champlain ». J’ai par la suite réalisé un décor pour la « scène de poche » du Cro-Magnon : La Voie Lactée, avec Jacques-Henri Gagnon, Jean-Guy et Jean-Marie Lemieux. Suivra un décor pour une troupe de la Ville de Ste-Foy « Ou est Pandémorium ».
Que sont mes amis devenus ?
En 1994, avec la complicité de Ghislaine Houde, j’organise une exposition à l’Édifice G du Parlement de Québec, au dernier étage, lieu qui domine tout le panorama de la Capitale Nationale. C’est la grande réunion des amis artistes issus de l’École des Beaux-Arts de Québec, d’où a germé l’idée de nous réunir tous pour célébrer nos 30 ans depuis que nous sommes diplômés. Cela deviendra « Que sont mes amis devenus en avril 1997, en exposition au même endroit.
- École des Beaux-Arts de l’Université Laval présentait les artistes enseignants issus des Beaux-Arts de Québec.
- Le Musée de Québec y exposait les artistes de sa collection issus des Beaux-Arts de Québec. Nous avons rejoint des artistes qui avaient fréquenté l’école à sa fondation en 1926.
Cette rencontre, initia le début de l’ABAQUE, association des anciens qui nous permis sur 7 ans d’organiser en toute amitié, plusieurs expositions.
Bibliothèque Gabrielle Roy à Québec
À Montréal; Ars Longa, maison de la culture Frontenac
Radio-Canada
En août 1967, après avoir terminé mes contrats de décors à Québec, j’entre à Radio-Canada comme graphiste et illustratrice. J’ai participé aux émissions suivantes :
- Chez Hélène, émission pour apprendre le français aux enfants ; Illustrations de comptines;
- Donald Lautrec, émission de variétés ; Illustrations de chansons, titre de l’émission;
- *?!, émission expérimentale; Astuces, étude de la clef chromatique (color Key en bon chinois), avec le grand Cirque Ordinaire de Raymond Cloutier et Guy Tauvette sous la réalisation de Jean-Guy Benjamin.
Je me spécialise selon les besoins des productions dramatiques :
- La main de peintre, ce qui consiste à exécuter, créer un style selon l’époque qui est relaté dans le récit de la série. Ceci dans le but que le comédien ou comédienne soit crédible dans le rôle de peintre qu’il ou elle doit interpréter.
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- Avec le temps :
- Marc Messier; muraliste;
- Véronique Le Flaguais; tapisseries;
- Avec le temps :
- Montréal PQ :
- Yves Desgagnés; peintre;
- Jean Marchand; peintre Borduas;
- Sylvie Léonard; peintre autiste.
Le téléjournal doit courir les procès, les caméras y sont interdites. J’accompagne alors les journalistes et je suis chargée de réaliser les portraits à la cour.
À Radio-Canada, il va sans dire, la vie artistique est dynamique. La Salle Raymond-David y accueille l’exposition de plusieurs employés qui ont une production personnelle.
À la place des arts, Henri Barras invite quelques graphistes en exposition pour le 1er gala de l’ADISQ dans le hall de l’édifice. C’est le début d’une amitié et d’une invitation à être représentée à la Galerie Jourdan, puisqu’il en est le directeur artistique.
Pendant de nombreuses années, j’ai cumulé les activités suivantes :
1972-1973; Voyage en Amérique du Sud. J’attendais patiemment l’autorisation de départ de la part de la direction du département des arts graphiques. À quelques jours près, j’ai finalement pu participer à cette aventure à titre de photographe durant un congé sans solde.
Le groupe était composé de quelques syndicalistes de la C.S.N., d’autres étaient engagés dans les mouvements communautaires et les mouvements coopératifs. Nous étions 10 adultes et 3 enfants dans 3 vans Volkswagen orange. Départ sur la route de Montréal à Miami. Ensuite en avions jusqu’à Caracas. Nous y attendions nos véhicules pour ensuite prendre contact avec les membres des associations qui nous accueillaient. Ce fut un voyage de l’intérieur, accès à la vie des travailleurs, à leurs familles. Un voyage que l’on peut difficilement réaliser comme touriste. Il y avait les découvertes culturelles accessibles et les contacts exceptionnels les citoyens. Ce fut une immersion totale en espagnol. Heureusement, nous avions appris les éléments de base en préparation à ce voyage.
Le parcours du Vénézuéla, de la Colombie, du Pérou, de l’Équateur, de la Bolivie et de l’Argentine, s’est fait en 8 mois, en voiture et ce malgré les obstacles de la nature; traversée de rivières à gué et routes escarpées puisque nous étions dans les Andes. Nous avons découvert le Machu Pichu près de Cuzco, les costumes traditionnels, l’architecture Inca depuis la ville de Quito, le lac Titicaca…
En Argentine, nous sommes entrés en plus connu, en plus Européen. Les habitants aiment la visite. Nous sommes remarqués par nos plaques d’immatriculations sur les 3 Volkswagen. Nous avons été invités en entrevue à la radio de Rosario. Nous sommes à ce moment-là au retour de Péron avec Isabellita, sa 2e épouse. Dans la voiture taxi c’est écrit : « Péron dirige, Isabellita verticalise ». Je lui demande la signification : C’est comme la vierge qui intercède auprès de Peron. Ca me rappelle « le ciel est bleu, l’enfer est rouge.
Retour de l’Amérique du Sud
Nous sommes de retour depuis quelque temps dans la grande tour sur le Boulevard René Lévesque. L’Université du Québec à Montréal est tout près sur Berry-UQAM. Un compagnon graphiste, Claude Gauthier, me mentionne que l’UQAM cherche des professeurs en illustrations et dessins. Il m’encourage à postuler comme chargée de cours. Klaus Speakper, ancien graphiste à Radio-Canada, à bien reçu mon offre de disponibilité à l’enseignement.
J’avais toujours poursuivi la pratique du croquis de modèles vivants en regroupant des confrères en ateliers à chaque mardi après le travail ; décorateurs, costumiers, illustrateurs et animateurs, films.
Ce fut le début de l’enseignement. J’apprenais aussi auprès de mes étudiants; la diversité, les contrastes tout en les appuyant dans les techniques et l’analyse. Se sont ajoutés les cours d’illustration, de perspective Euclidienne, notions d’espace et le dessin préparatoire à la BD, en spécialité à l’UQ-O.
J’ai adoré ces années d’enseignement. Depuis 1986, je suis pigiste pour Radio-Canada. En novembre 2003, je commençais un nouveau projet « Ars Longa » au 2320, avenue Mont-Royal est.
2003-2011, Dans mon atelier-appartement sur la rue Ste-Rose, les tableaux de grands formats, dont les chevaux grandeurs natures en hommage à Rosa bonheur, je songe sérieusement à un espace plus vaste. Je découvre, avec mon agent d’immeuble, sur le Mont-Royal, un site idéal de 9000 pieds carrés sur 2 étages. Il avait un rez-de-chaussée avec vitrine sur la rue et un sous-sol idéal pour donnes des cours (maitriser l’éclairage, modèles vivants, poses longues, peinture, location d’ateliers aux artistes. Au rez-de chaussée et en avant grâce à la vitrine, une galerie d’art louée aux artistes qui gèreraient leurs expositions et leurs ventes.
Les permis de la ville m’autorisaient la résidence sur 500 pieds carrés. Plusieurs artistes sont venus travailler, exposer et enseigner. Locations :
- Adeline Rognon; gravure;
- Jacques Clément; peinture, bâton à l’huile;
- Carl Duplessis; atelier de modèle, poses longues;
- Monique L’heureux; céramique;
- Alain Daigneault; peinture
- Julie Desmarais
- Winston Mc Quade.
Après 8 ans d’activités d’opérations heureuses, les taxes foncières m’ont rattrapée; de 6000$ en 2003, elles étaient à 22000$ en 2011. J’ai vendu et je suis revenue à Palmarolle définitivement, où « Quand je regarde par la fenêtre, je vois autre chose qu’un mur de brique ».
La musique latino me manque; Isaza bar latin
1980-1986, J’ai adoré la musique du sud, comme beaucoup de touristes et de mélomanes, particulièrement la musique des Andes. Je ne pouvais pas en écouter à Montréal, sauf dans les lieux d’associations de mexicains, colombiens ou péruviens, lieux où je me sentais étrangère.
L’idée d’ouvrir une discothèque m’est venue en fréquentant une propriétaire de restaurant « La cuisse de V’lours » sur la rue Panet;
Nathalie Boivin-Cocke. Je connaissais plusieurs amateurs de ces musiques, dont des agents de développement international de l’ACDI, des immigrants issus des communautés latine à Montréal, gens, voyageurs, amateurs et musiciens. Avec mon ami Mario, j’ouvris la discothèque Isaza bar latin au 5149 A, avenue du Parc à Montréal.
Nathalie Boivin-Cocke, a dû fermer son restaurant à cause de permis et structures de la bâtisse ou elle tenait son resto. Comme je connaissais son personnel, j’ai engagé Monique et Luc, puis Michou et Pablo qui avaient fait partie du voyage en Amérique du Sud. Un autre employé ; Michel Fournier faisait les commandes et les livraisons. J’avais aussi 2 disc-jokeys ; Roberto et Andrée et 2 portiers; Juan et Raphaël.
Par discrétion, je ne vous parlerai que de certains clients les plus célèbres :
- Francine Grimaldi, vadrouilleuse de spectacles;
- Huguette Vachon, amie et compagne de Riopelle;
- Dany Laferrière, auteur et académicien, qui était à l’époque à la météo à télé Quatre-Saison;
- Arthur Drouin, Hé oui, notre curé en visite à Montréal;
- Plusieurs autres personnes de l’Abitibi.
- Sur 60 ans de carrière ; résumé des expositions
- Amos : 1961-1962; Pensionnat et atelier-galerie;
- Québec : 1963-1967; Rue du Trésor, École des beaux-arts
- Montréal : 1967-…;
- Galerie Kaleïdoscope;
- Salle Raymond-David, Radio-Canada.
- Place des arts.
- Maison Antoine-Lacombe, Joliette
- Maison de la culture, La Salle
- Rosa Bonheur toujours vivante.
- Maison de la culture de Ville-Marie
- Maison de la culture d’Amos
- Maison de la culture de Val d’Or
- Maison de la culture de La Sarre
- Artazo, Sherbrooke
- Cégep de Rouyn-Noranda
- Galerie Sang-neuf-art depuis 1984, Palmarolle
- Musée Pierre-Boucher, Trois-Rivières
- Musée du Mont St-Hilaire, St-Hilaire
- Galerie Mireille Briset, Montréal
- Galerie Jourdan, Montréal
- Galerie Convergence, Montréal
- Galerie Bernard, Montréal
- Galerie de Nesle, Paris
- Mairie du 16e, Paris
- Virdoule prix, France
- Mikimoto Hall, Tokyo,Japon.
C’est tout un voyage, nostalgie… La nostalgie, c’est revivre avec des corrections les moments marquants, décalage nécessaire pour apprendre ce qui a été vécu en écho.
Mes amis me demandent comment as-tu pu faire tant de choses en même temps ? Je réponds : « Ça guérit les peines d’amour »
Pourquoi je préfère les questions aux réponses ?
Pourquoi, comme vous l’avez lu, je dessine les portraits de mes compagnes de classe de jadis, aujourd’hui, et ce depuis 40 ans ? Des portraits de modèles vivants à chaque semaine avec un groupe d’artistes fidèles ? Pourquoi j’aime dessiner le corps humain ? Ces modèles vivants, leurs visages s’expriment sont nouveaux à chaque fois. Ils et elles sont vivants. Les saisir en un moment suspendu ou maintenu, le temps d’une pose, c’est pour moi une expérience vitale. Ils et elles représentent l’énergie. Est-ce parce que ma mère était pudique, que je réagis par le besoin de représenter le corps nu?
Pour certains, se voir nu, c’est uniquement à des moments intimes de la vie privée sensuelle. Par conséquent, ils pensent que mes dessins sont choquants ou obscènes. Pour l’artiste, c’est un défi de saisir dans les bonnes proportions de la tête par rapport au corps. De placer les épaules et les bras et saisir l’ensemble du corps dans sa pose dans sa vitalité. Ces difficultés que l’on ne rencontre pas lorsque l’on dessine un arbre, un paysage ou fleur, car on peut placer une feuille, une branche autrement sans que quelque chose ne rende mal à l’aise.
C’est une recherche qui se renouvelle sans cesse. C’est philosophique. Si je peux comparer l’humoriste-humaniste André Sauvé, qui dans ses propos; le corps qui se dépose à la posture de son esprit lorsqu’il s’exprime; recherche, vague hésitation, détours et contours… de sa pensée.
Dans la lecture du livre de Jean Clair, intitulé « Nous ne sommes pas les derniers » relatant la vie de l’artiste Soran Muzik. Cet artiste, qui dans les camps de travail Nazi dessinait en cachette, les corps de ses confrères et aussi les corps accumulés, cordés et morts gelés, près de baraquements.
Je me souviens durant les vacances de 1985, d’être partie de Palmarolle, pour voir à Ottawa, l’exposition sur les Modernes dont Jean Clair était le commissaire. Le but; voir les dessins minuscules de Zoran Musik, car il se devait de les dissimuler. J’étais en pleine lecture du même livre, lorsqu’un jour, je donnais un cours de croquis modèle vivant à l’université du Québec à Montréal, un nouveau modèle s’est présenté. Murray, grand et émacié. Il posait merveilleusement. Il était comme dans les dessins de Zoran Musik. Physiquement, en dessinant avec mes étudiants, j’avais un poing au ventre… pétrie d’émotions. J’espère que c’est ce qu’a compris ma mère, lorsqu’elle venait à mes expositions.
Je viens de vous servir quelques réponses. C’est à la suite de toutes vos questions que vous m’avez posées au cours des années.
Une histoire de Citroën
C’est une longue histoire qui a débuté en 1965. Cet été-là, j’ai décidé de passer l’été des vacances des Beaux-Arts à Montréal. Pour payer mes études en travaillant dans un restaurant sur la rue Ste-Catherine au Dainty Moore’s. Je logeais dans une chambre à St-Henri, chez les Éthier, avec Monique Éthier. J’allais à l’association Espagnole sur Sherbrooke, ou la faune artistique et poétique se rencontrait. L’occasion se présenta à quelques jours de la fin de l’été, d’aller à Trois-Rivières en train pour l’achat d’une voiture avec Jean-Pierre Sénécal. C’est là que je rencontrai Andrée Aubé, originaire de La Sarre, qui travaillait à Sherbrooke à la radio. Le retour de Trois-Rivières vers Montréal se fit en voiture; Une Citroën. Jean-Pierre était charmant, je passai la fin de semaine avec lui. Ensuite je parti pour l’Abitibi, juste avant la reprise des cours à Québec.
Lorsque m’est venue le désir de m’acheter une voiture, j’avais vu dans les annonces classées, quelques voitures d’intérêt à Gatineau, ou certaines personnes avaient servis d’éclaireurs. Plusieurs concessionnaires de Citroën se partageaient la clientèle de fonctionnaires et des délégués internationaux du parlement d’Ottawa, l’autre côté du Canal Rideau. Avant de partir, mon banquier m’a demandé la signature de mon mari, ce que je refusai, lui disant que j’allais changer de banque. Le jour suivant, il m’appela pour me dire de faire mon achat, et de venir signer les papiers ensuite, sans mon mari. En 1971, j’étais séparée mais pas encore divorcée.
J’ai vendu cette voiture au moment du voyage en Amérique du Sud à mon voisin, Marc Legris. Je l’avais peinte avec des personnages à chaque portière. Lorsque quelqu’un s’assoyait, il faisait la tête du personnage….nu! À mon retour en juillet 1974, j’achetai une autre Citroën, celle d’une amie, Yvonne Caissie, scripte à Radio-Canada. Celle qui a aujourd’hui 55 ans, je l’ai acheté de mon mécanicien Roger Pouliot en 1997. Il me fit cette réflexion en constatant le désordre dans ma voiture : C’est pas un char de fille ça !!! Il fit faire le ménage par ses enfants.
« Je ne te vois pas conduire une autre voiture que Citroën » : Henri Barras
La Citroën, représente mon éveil passionné avec Jean-Pierre S. Je suis devenue puissante
J’aime les films avec Louis de Funès.





