Omer et Eugénie sont arrivés ensemble pour la première fois en 1923 avec deux enfants déjà. Mariés très jeunes dans le comté de Champlain, ils s’étaient fait promettre mer et monde, eux comme bien d’autres, pour fouler le sol Abitibien, sol enseveli par les épinettes et la roche.
Le monde, oui pour ça il y en a eu. En commençant par les braves gens déjà à Palmarolle, qui les ont accueillis chaleureusement, en passant par la famille qu’ils ont fondée jusqu’à leurs implications paroissiales.
Durs labeurs les attendaient, du défrichage, aux mouches, à la tourmente des instabilités, de l’ouragan, jusqu’à la trappe des lièvres sur la galerie de la maison qui servait à nourrir tant de bouches ouvertes.
Comme Normand l’a raconté, il a cru qu’Omer ne reposait pas en paix après que lui-même ait reboisé la terre que son père avait durement essouchée, déracinée, sans les commodités d’aujourd’hui.
La promesse du monde a été honorée en grand, mais la mer elle, qu’en était-il de ce versant du serment? Peut-être un leurre, inspirant tellement d’illusions, pour des gens transportés par la foi.
Il y a eu Justin, Élisabeth, Normand, Roland, Jacqueline, Réal, Lisette et Henri, leurs enfants, leurs petits-enfants, leurs arrières petits- enfants. Il y a aussi les valeurs de respect, de l’engagement, du travail et de la musique. Résultantes de ce mirage qui devait les attendre, mais qui s’est effacé tel un écriteau que la vague balaie.
Quelle fierté de voir ce courage et cette force monter en nous telle la sève dans les branches des épinettes au printemps….

